Le puy en Velay – Conques en Juin 2008
Posté par jlterrien le 22 novembre 2009
Prologue
Voilà ! Cette année je prends deux semaines de vacances au mois de juin.
Comme ça je n’embête pas mes collègues qui ont des enfants en âge scolaire. Et puis il y aura moins de monde en vacances.
J’ai envie de repartir en rando itinérante. Cela fait deux ans que j’ai découvert ce mode de vacances pour s’évader, et l’envie de continuer est très grande.
Partir le matin, de bonne heure, avec son sac à dos, regarder derrière soi et voir qu’on ne laisse rien, seuls ceux qui font de la rando itinérante peuvent comprendre et ressentir ce plaisir ! On a regardé sur la carte où l’on va mais ce n’est jamais comme on a imaginé ! La surprise est quotidienne, et on n’est rarement déçu !
Cette année, Agnès ne souhaite pas partir en vacances avec moi, pour de nombreuses raisons, alors je me mets en recherche tout seul pour trouver un itinéraire qui me mènera pendant une douzaine de jours. Et si possible en petite montagne, j’ai toujours besoin de voir du relief, des vallées et des montagnes, même petites, avec des points de vues nouveaux au détour d’un sentier.
Les recherches dans les Vosges, le Massif Central ne sont pas concluantes, et j’ai de la difficulté à trouver. Je pense à des amis qui randonnent depuis plusieurs années et qui pourraient me donner une rando « clés en main ».
Et bien sur, ils ont ça ! Une rando qu’ils ont faite il y a deux ou trois ans avec des amis. Sur les chemins de St Jacques de Compostelle, entre Le Puy et Conques. Douze jours de marche. Et Marie me donne même l’itinéraire avec les numéros de téléphone pour l’hébergement, et la carte IGN. Tout ce qu’il me faut, pour moi qui suis en petite forme dans ma tête en ce moment.
Je n’ai plus qu’à téléphoner pour réserver le gîte et quand c’est possible le couvert pour le soir et le matin. Et au bout de quelques jours, après quelques erreurs téléphoniques ……, me voilà rassuré : je dormirai dans un gite ou une ferme auberge chaque soir et il me reste juste à prévoir de la nourriture pour quelques soirs. Le menu de base pour le midi est invariable : saucisson et pain ! Le saucisson se conserve très bien plusieurs jours et on trouve du pain facilement.
Je fais beaucoup, trop même, de provisions pour des en-cas. Trois kilos de pâte de fruits, lait concentré, rillettes de thon, nougat, fruits secs, pâtes etc. ….
Mon sac est terminé le vendredi midi ! Et il pèse environ 15 kilos ! Mais les kilos difficiles à porter ne sont pas dans mon sac, mais dans ma tête ! J’ai la forme physique, trois footings par semaine et une heure de piscine tous les samedis ! Les muscles vont bien, le moral beaucoup moins! Mais je suis content de partir, un peu inquiet quand même. Toutes les personnes à qui j’annonce mes vacances me disent que je suis courageux, ce que je ne pense pas vraiment. Seuls Marie et Joël, qui font de la rando, ne me disent rien sur mon courage, mais au contraire, me disent que j’ai de la chance et que ça va bien se passer ! Ils savaient, eux !!
Et le samedi matin, Agnès m’emmène à la gare pour le train de 7h10.
Je démarre une rando, seul, pour la première fois de ma vie. En chemin ferroviaire vers Le Puy en Velay.
Samedi 30 / 05 : Arrivée au Puy en Velay
Le trajet n’est pas très long et pas fatigant. Il me reste un album de Sudoku de l’an passé, et j’ai avec moi « prions en église » pour suivre les lectures de l’évangile au quotidien. De plus, sur les conseils de mes enfants, j’ai un téléphone portable ! Premier texto dés 7h15 à tout mon répertoire, pour dire que c’est parti ! Avec un peu d’appréhension quand même, cette liberté inhabituelle me fait un peu peur : est ce que je vais arriver tout seul à marcher, sans me perdre, sans me blesser physiquement ???? La semaine qui a précédé mon départ, j’ai hésité plusieurs fois pour tout annuler. Maintenant c’est trop tard, je ne peux plus reculer. Je dois me prouver à moi-même que je vais réussir.
J’ai grignoté dans le train, sans manger correctement. Un méga sandwich me tend les bras dans une boulangerie ! Et je n’en laisse rien, pas une miette pour les oiseaux ! Lili (j’en parlerai plus tard de Lili) m’a dit qu’il y avait beaucoup d’hirondelles au Puy, mais moi je ne les ai pas vues ! Mon regard se dirige par terre, et devant moi, mais je n’arrive pas à lever les yeux vers le ciel ! Il me faudra attendre d’être rendu à Conques pour observer les hirondelles ! Sans me perdre, et déjà avec l’aide du guide, je me dirige vers le grand séminaire ou je vais dîner, dormir et petit-déjeuner. Il n’est même pas 15 heures et l’accueil ne se fait qu’à partir de 17 heures !
Alors avec mon gros sac à dos, quinze kilos car je n’ai rien mangé encore, je me promène dans le vieux Puy. Je suis tout de suite attiré par la cathédrale. En pierre rouge, elle fait très sombre, mais vite on découvre le calme, la paix, à l’intérieur. J’y passe de longs moments, soit pour méditer, soit pour prier, ou encore pour être en paix, admirer la statue de la vierge noire. Je sors plusieurs fois pour faire le tour de la vieille ville, et je reviens toujours dans la cathédrale, comme un morceau de fer avec un aimant.
Je ne rate pas l’ouverture du grand séminaire vers 17 heures. Déjà des randonneurs sont arrivés. Avec leur sac à dos, je les trouve très calme, pas bruyants, mais faciles dans le contact et l’échange. C’est nouveau pour moi, puisque les randos que j’ai pu faire auparavant avec Agnès s’étaient déroulées sans beaucoup de rencontres, juste un groupe dans les Vosges l’an passé, mais c’est tout comme échange ! Et là il y a plusieurs personnes, et simplement on commence à discuter. Sans trop tarder, je m’installe dans ma petite chambre, en ayant l’impression de me retrouver au collège, il y a plus de trente ans ! Des couloirs sombres avec de vieux parquets. Mais je ne me sens pas vraiment seul dans ces grands bâtiments. Comme il n’est pas tard et que le repas est servi vers 19 heures, je ressors pour retourner encore une fois dans la cathédrale qui est tout près. Sans doute pour demander de l’aide pour passer ces deux semaines le mieux possible, en recherchant un peu de sérénité.
Le repas est très sympathique : je fais la connaissance de Luc et de Xavier, qui bien que ne se ressemblants pas, sont frères. Ce sont des habitués de la rando, originaires de la Savoie et habitant l’un en Alsace et l’autre en région parisienne. Ils randonnent tous les ans ensemble. Je n’ose pas leur dire que demain matin je vais à la messe à 7 heures, pensant que peu de personnes sont croyantes et pratiquantes, je pense avoir à faire à de simples randonneurs. La soirée est très courte et vite je vais me coucher.
Dimanche 01/06 Le Puy en Velay -
Saint Privat D’Allier
Le téléphone portable a ça de bien, qu’il me réveille tous les matins, et de bonne heure. Petit déjeuner copieux avec tous les pèlerins/randonneurs qui se préparent pour aller à la messe dans la basilique. Vite faire la toilette (rapide, la veille j’ai pris une douche !) et le sac et départ pour l’office matinal ! Incroyable le monde qui est là ! Et tous ces sacs à dos partout. Hier soir je n’osais pas dire à Luc et Xavier que j’allais à la messe, et je retrouve Luc qui va faire une lecture ! Je me pose encore la question aujourd’hui de savoir s’ils n’étaient pas prêtres, tous les deux ! L’assemblée est très priante. Lorsque la messe est terminée, le jeune prêtre invite tous les pèlerins à se recueillir devant une statue de Saint Jacques, et il demande à chacun d’écrire une intention de prière ; chacun recevra un papier pour pouvoir penser, prier pour une personne en route sur les chemins. Nous sommes environ 200 ! Et je me dis que ce n’est pas une rando que je vais faire, mais une marche sur une autoroute ! Je suis un peu déçu de cette foule autour de moi. Une jeune religieuse nous remet une médaille de la vierge ainsi que la créanciale : un document à faire tamponner dans les gîtes où nous passons. Je trouve cela « enfantin », mais je le prends quand même, avec le tampon du Puy en Velay !
Bénédiction et départ par la descente des marches devant la basilique. Très impressionnant ce troupeau avec sac à dos qui déambule, tous ces gens qui partent à la recherche …..d’une boulangerie ! Et oui, c’est la priorité pour le randonneur : manger ! Pour pouvoir marcher. Je laisse les boulangeries, pensant en trouver plus loin, mais je me retrouve vite hors du Puy sans pain. Et quelques gouttes commencent à tomber. Je m’y attendais puisque la météo en annonce pour quatre jours ! C’est difficile pour moi de mettre ma cape par-dessus le sac à dos. Un randonneur, pèlerin, me vient en aide, je le remercie, et il me fait comprendre que sur le chemin de Saint Jacques, on ne remercie pas forcément la personne qui vous aide, mais quiconque à besoin ! Je m’en souviendrai dans les prochains jours, et j’aurai l’occasion de rendre le service !
Et la pluie tombe de plus en plus. Un petit village, une boulangerie, ouf ! Parce qu’on est dimanche ! Je tente de lire la carte (j’aime tellement ça lire les cartes) mais avec la pluie c’est difficile ! Pauvre carte à Marie et Joël ! Je me rends compte que le grand troupeau du départ est clairsemé, et je chemine avec une dizaine de personnes maximum que j’ai repérées. Un petit coup de fil à Pascale pendant une éclaircie pour la rassurer, lui dire que tout va bien. Je sais qu’elle va me suivre sur la carte tous les jours. Je mange tout seul dans un petit bois, très rapidement ! Brrrrrr ! Pas chaud quand même, mais je ne me plains pas, je suis seul et décide du lieu, de l’heure et de ce que je mange ! Et personne ne s’en plaint !
J’aperçois une cape devant moi qui avance doucement. Je la rattrape et entame la conversation avec la propriétaire de la cape ! Elle s’appelle Elise et habite au Mans. Nous faisons 500 mètres ensemble et elle s’arrête là pour aujourd’hui. Je lui souhaite une bonne randonnée et je continue mon chemin par un sentier boueux, dangereux et très glissant. Je contemple l’état de mon pantalon en me disant que je ne vais pas le laver tout de suite, vu les prévisions météos !
Comme il a beaucoup plu, je n’ai pas traîné en chemin, j’arrive de bonne heure à Saint Privat d’Allier vers 14h20. Tout mouillé ! Le gîte est sympa et il y a déjà plein de monde. Je m’installe dans une chambre à 7/8 lits et je fais ce qui est indispensable pour un randonneur quotidiennement : une douche ! Puis visite du village. Je me dirige toujours vers l’église, lieu de paix, de remerciement, de prière, de demande aussi en cette période difficile pour moi ! Quelques photos du paysage dans la brume, et une macro pour prendre du sédum rouge !
Pour dissiper mon inquiétude chronique, puisque les prières ne m’ont pas complètement rassuré, je vais à l’auberge pour confirmer ma réservation pour le dîner. Et je retrouve Luc et Xavier qui viennent pour réserver ! Tiens, certains n’ont pas réservé à l’avance comme moi ! Moi en tous cas, ça me rassure !
Les après-midi sont toujours assez longs, puisque comme tous les randonneurs, je préfère partir de bonne heure le matin. Il est beaucoup plus facile de marcher le matin, avant le déjeuner. Repartir l’après midi est toujours plus fatigant. Donc l’après midi, après la douche, c’est visite du lieu, conversation avec les autres randonneurs, textos à tout le monde pour donner des nouvelles et rassurer ceux qui sont inquiets pour moi !
Et le soir nous allons dîner ensemble avec les deux frères à l’auberge, sans tenir compte de l’heure, si bien que je rentre au gîte vers 22heures, et je me rends compte que tout le monde dans la chambre est couché ! Certains dorment déjà, et mon voisin de lit est en pyjama. Ho la la! Il ne me faut pas 5 minutes pour me mettre dans mon duvet et éteindre la lumière ! Première nuit dans un gîte ! Je repense à cette première étape, la plus longue de ma rando, et je n’ai peur que du temps annoncé : encore trois jours de pluie ! Et le bruit coutumier auquel je vais devoir m’habituer pendant deux semaines commence : Le ronflement !!!! On ne s’y fait pas ! On fait avec.
Lundi 02/06 Saint Privat D’Allier - Saugues
Réveil 6 heures ! Comme à l’armée ! Mais là ce n’est pas imposé ! Et puis si on veut passer une bonne journée, il faut marcher de bonne heure. Petit déjeuner copieux, fruits, lait, thé, pain, confitures. De quoi faire le plein pour la matinée !
Il ne pleut pas, même si le temps est couvert et sombre. Et l’ensemble des randonneurs se met en marche dans la même direction. Les chemins sont étroits et boueux, avec beaucoup de dénivelés ! Et enfin j’en ai trouvé ! Oui une orchidée sauvage, sans doute une morio. Je suis très content, même un peu ému ! Et j’en trouve deux autres un peu plus loin. Je passe près d’une vieille chapelle désaffectée d’où la vue est splendide sur la vallée de l’Allier. La chapelle de Rochegude. Le ciel se dégage progressivement et après la descente périlleuse vers le Monistrol d’allier, le soleil daigne nous réchauffer. Je retrouve Luc et Xavier et nous cheminons ensemble pendant la longue montée vers le plateau. Nous rencontrons un berger avec son troupeau de moutons. C’est la dernière fois que je chemine avec les deux frères. J’ai beaucoup apprécié les moments passés avec eux, leur simplicité et leur amour de la rando. Je croise un jeune homme qui marche dans le sens inverse de tous les randonneurs ; il n’a pas de chaussures de marche mais des nu-pieds ! Il se fait appeler le fou blanc !
Je prends mon temps pour déjeuner au bord du chemin, saucisson et pain ! Le chemin est plat et m’amène tranquillement vers Saugues. En arrivant à l’entrée du village, un vieil homme vient au devant de moi et me demande ou je vais. Et il m’indique l’endroit ou je vais trouver le gîte. Je n’ai pas du bien écouter parce que je passe devant le gîte sans le voir et je fais du rab avec mon sac à dos ! Mais je trouve quand même rapidement.
Une bonne douche et je change mes habits. Un homme nouveau ! Je m’allonge pour une petite sieste et qui vois je entrer ? Elise, avec qui j’avais cheminé hier pendant 500 mètres. Elle est en pleine forme. Elle s’installe tranquillement et commence à me raconter sa vie : elle est ergothérapeute au Mans et en vacances pour un mois. Elle souhaite aller jusqu’à Saint Jean Pied De Port. Elle a vécu pendant un an à Jérusalem. Elle me demande où je mange ce soir, et je lui dis que j’ai prévu de manger à la pizzeria. Comme elle a des courses à faire je sors du gîte pour aller reconnaître les lieux ! Mais c’est lundi et la pizzeria est fermée ! Je me résigne à faire des courses aussi pour le soir ! Nous passons une heure à déambuler dans le charmant village, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Sympa ! Elle me montre les petits cailloux que ses amis lui ont donnés, pour qu’elle les porte jusque…. ?????? je ne sais plus où !
Nous dînons avec un groupe de jeunes femmes qui ont laissé les bourgeoises (leurs mamans retraitées) aller au restaurant. Crises de rires très sympas. Elise se moque de mes raviolis…. On en reparlera ! Nuit calme et reposante 22 h à 7heure !
Mardi 03 / 06 Sauges - Le Sauvage
Nous sortons ensemble, Elise et moi, mais j’ai des courses à faire et elle part devant. Le temps est nuageux mais il ne pleut pas et il ne fait pas trop froid. Le temps idéal pour marcher. Tranquillement, le rythme est pris maintenant. Je retrouve les jeunes qui ont dîné avec moi hier soir. On aperçoit même une vipère sur le chemin, mais le temps de faire la mise au point et je ne prends en photo que la moitié du reptile ! Je déjeune seul sur un gros caillou au bord du chemin et je profite du soleil pour faire sécher mon tee shirt. Le chemin est dégagé, sableux et très agréable avec une jolie vue sur le versant opposé.
J’arrive à Chazeaux, petit village, avec une pensée pour Michelle et Annie qui adorent la rando. Dilemme ! La carte me dit d’aller vers l’ouest alors que les balises GR 65 me conseillent de partir vers l’est ! Je choisis les balises et je m’oriente avec la carte et la boussole, avec une petite inquiétude quand même ! On ne se refait pas ! Je marche pendant une heure, à vue et à la boussole en suivant un chemin pas indiqué ! Lorsque les indications reviennent, je ne les suis pas ! Ma carte et ma boussole, et mon sens de l’orientation (je sais ça en fait rire encore dans ma famille….) me suffisent pour trouver rapidement l’orientation vers les bâtiments du sauvage.
Tout un ensemble de vieux bâtiments ! Avec des très vieilles pierres, ancien monastère. Un accueil chaleureux par une dame très souriante. Un nouveau gîte a été crée il y a peu de temps, car le « vieux » ne suffisait plus. Je trouve rapidement ma chambre à 2 lits, où je découvre que le deuxième lit est occupé par une randonneuse qui dort : c’est Elise qui était avec moi ce matin à Saugues. Je la laisse dormir et je vais rapidement prendre une douche bien méritée. A mon retour dans la chambre, je me permets une petite sieste et je dors pendant une heure ! A mon réveil je me rends compte qu’Elise est réveillée et elle me raconte sa journée. Nous sortons faire le tour du village. Il porte bien son nom : Le sauvage ! Il n’y a rien autour, que des vaches ou des chevaux, mais pas une ferme à l’horizon ! Je n’arrive même pas à envoyer un texto, il n’y a pas de réseau ! Ben oui je deviens accroc au téléphone portable ! Nous discutons, Elise et moi, sur sa famille, son frère qui reprend une formation, sur son voyage en Israël pendant un an, et sa vision des conflits la bas. Je lui raconte un peu ma vie d’aujourd’hui et mes soucis. Nous parlons religion, et elle me dit être agnostique, elle n’a pas trouvé les raisons de croire ou de ne pas croire ! Nous mangeons ensemble, moi du riz aux champignons et elle des raviolis …..et nous faisons la connaissance de Marie et de Sylvette, sa maman, qui ont été « jetées » du vieux gîte ! Des touristes en voiture sont arrivés et squattent toute la cuisine. C’est désolant pour des randonneurs de ne pas pouvoir partager ! Mais où nous sommes, dans notre gîte neuf, l’ambiance est bonne !
Une petite sortie pour admirer la nature, une petite averse, mais ce n’est pas grave on ne marche pas ! Et puis au lit pour une bonne nuit jusqu’à 6 heures demain matin !
Mercredi 4 / 6 Le Sauvage - Les Estrets
Bien sur je pense à l’anniversaire de Simon, et dés que j’ai un peu de réseau je lui envoie un texto !
Nous partons Elise et moi vers 8 heures sous la brume dans un chemin large et au milieu des bois. Très joli. Et une petite pluie fine se met à tomber, mais ça ne nous empêche pas de discuter, sur la religion, sur son travail, sa famille et son frère, sa passion pour le théâtre. Elle n’a pas encore Internet mais elle va vite s’abonner en rentrant au mois de juillet. Je lui donne mon adresse mail, pour de futurs contacts.
Nous arrivons vers midi dans un charmant village : St Alban sur Limagnoles. Nous faisons les courses pour le midi et j’en profite pour acheter pour le dîner aux Estrets.
Repas sympa dans un jardin public, un petit coucou à Sylvette et Marie qui arrivent tranquillement comme deux copines. Après un petit café, nous repartons avec le soleil, et je montre des orchidées sauvages à Elise, car il y en a beaucoup au bord du chemin, des morios je pense, mais je me ferai préciser à mon retour !
Nous rencontrons une cabane dans les bois : un refuge, un jeu pour les enfants, on ne sait pas. Elise me prend en photo devant, et elle m’enverra la photo quand elle aura Internet !
Nous apercevons une randonneuse devant nous qui avance bien difficilement, et en boitant. Nous la rattrapons rapidement, et je m’aperçois bien vite qu’elle a mal à une jambe. Avec un magnifique accent canadien, elle nous explique qu’elle a une tendinite derrière le genou droit. Elle est partie du Puy il y a quelques jours et elle marchait 35 km par jour. Elle a beau être sportive, ça faisait trop, et c’est pourquoi elle s’est arrêtée deux jours dans un gîte pour se « réparer ». Mais ce n’est pas vraiment réparé et elle est repartie ! Je l’oblige presque à me donner son sac à dos, et nous repartons tout doucement vers les Estrets ! Sylvette et Marie nous rejoignent, et c’est à cinq que nous arrivons dans le gîte de Pascal. Il n’y a personne. Elise qui doit continuer jusque chez Régine aux quatre chemins, en profite pour se désaltérer et faire un brin de toilette. Lili, notre amie québécoise n’a pas réservé et aimerait bien rester ici pour le dîner et le coucher ! Avec sa tendinite je la comprends !
Il fait un beau soleil et j’en profite pour faire une lessive, après la douche bien sur. Nous nous installons sur la terrasse devant le gîte et Sylvette nous offre du thé. Un moment très agréable au soleil. Arrive Agnès, une randonneuse suisse qui est partie de Genève, et qui a aussi mal à une jambe. Pascal arrive avec une table de salon massive qu’il faut descendre de son camion. Je prends des photos de la table pour la montrer à Benoît à mon retour. Comme il reste de la place, Lili peut rester chez Pascal, qui ne tarde pas à la chambrer avec son accent et ses jolies frisettes blondes ! Retour sur la terrasse et Lili se masse les jambes et ensuite elle me propose de me masser les pieds. Tout simplement et c’est très agréable, et avec l’accent !
Elle ne souhaite pas prendre le repas de Pascal, et elle n’a pas fait de provisions ! Je me rends compte que moi j’ai réservé le repas du soir ! Je lui propose donc ce que j’ai acheté à St Alban de Limagnoles ce midi avec Elise ! Il avait raison le premier jour, le randonneur qui ne voulait pas que je le remercie de m’avoir aidé à mettre ma cape : On ne rend pas forcément à celui qui nous donne ! C’est ça la rando sur le chemin de St Jacques. Le repas de Pascal est copieux et très bon pour refaire les réserves d’énergie. Pascal a plein d’humour et nous passons un moment très agréable en sa compagnie. Nous parlons politique, et c’est la seule personne que je connaisse qui a avoué avoir voté pour notre « cher » président ! Mais il le regrette aujourd’hui dit-il. Je vais faire un petit tour dans le village où il y a une église très sombre avec un autel sculpté en bois. Je le prends en photo, Super !
Retour au gîte où je commence à discuter avec Lili, sur la religion, les rencontres, la providence ! « Tu vois Jin luc, si j’avais pas eu ma tendinite, on se s’rait pas connu »
Je commence un peu à lui parler des mes soucis.
Dans le gîte, il y a un pharmacien et un kiné ! Bien sûr ils s’occupent d’Agnès et de Lili ! Une nuit reposante et sans ronfleurs encore……
Jeudi 5 / 06 Les Estrets / Les Quatre Chemins
Debout à 6h30. Pascal a tout préparé, mais il est parti travailler. Nous avons tout ce qu’il nous faut pour bien démarrer la journée. Les randonneurs partent les uns après les autres.
Je ne m’autorise pas à partir tout seul : je veux prendre des nouvelles de Lili ! Le massage des pieds vaut bien un peu de temps auprès d’elle pour prendre de ses nouvelles. Et ce n’est pas terrible ! La jambe droite est toujours douloureuse ! Malgré les pommades, comprimés et bandages ! Nous partons ensemble en faisant un détour pour admirer une belle roue à aube d’un moulin près du gîte, et un deuxième détour vers l’église. Je commence à me rendre compte de l’importance de la religion pour Lili. Et je partage avec elle : d’abord mes bras en lui prenant son sac à dos, et ensuite ma foi de chrétien dans la vie de tous les jours. Et nous allons mettre 4 heures pour faire 7 km.
Mais le chemin est magnifique, avec des champs d’orchidées, j’en fais des photos. Nous retrouvons le kiné qui s’inquiète et conseille à Lili d’aller voir un ostéopathe à Aumont Aubrac. Lili retient le nom. Nous rencontrons Roger, un vrai de vrai qui a déjà fait le pèlerinage jusqu’à Saint jacques en partant de Vézelay et une autre fois en partant de Arles ! Et cette fois en partant du Puy. Il est très sympa et raconte comme tous les pèlerins des péripéties qui lui sont arrivées. Nous croisons des agriculteurs avec leur troupeau de vaches qui, prennent tout la largeur du chemin, large pourtant !
Arrivée à Aumont Aubrac ! Ouf ! Petit passage dans l’épicerie où j’achète une bouteille de vin (rouge sur les conseils de Lili !) et des emplettes pour manger. Petit coucou à Sylvette et Marie qui mangent aussi dans les environs.
Nous trouvons un petit coin tranquille pour nous restaurer et pour descendre presque complètement « notre » bouteille ! Un échange très riche sur notre travail, nos activités dans l’église, notre passion pour la musique, moi à la guitare et elle au saxo, l’importance de la prière dans sa vie…. La difficulté de faire tomber les masques, la gêne des personnes dans le toucher. C’est à regret que je dois partir. Un moment fort cette séparation où nous nous serrons dans les bras l’un de l’autre. Je n’oublierai pas ce regard, les yeux dans les yeux, sans aucune ambiguïté !
Et je pars en me retournant, en me disant que je devrais rester, même si j’ai réservé chez Régine aux quatre chemins ! Je fais les 10 km en 2 heures en ne pensant qu’à Lili. Je ne me sens pas amoureux, mais j’ai rencontré quelqu’un animé par une foi sincère, une chercheuse de Dieu. Je ne la connais pas depuis 24 heures et elle a déjà pris une place importante dans ma vie !
Arrivée chez Régine. J’ai une appréhension. Quand j’ai réservé, Marie m’a dit d’annuler ! C’est sale chez elle, c’est une alcoolique….etc. Mais j’ai tenu bon : je suis seul et c’est pour une nuit. Et je dîne chez elle aussi ! Je rentre dans le….troquet ! Ca fume, Régine fume, elle n’est pas trop allumée ! Je fais la connaissance de Rita et de Jean Pierre, deux suisses de 60 et 70 ans. Une bière ! Chez Régine c’est presque obligatoire, et ça peut ouvrir des portes …… Douche, sieste, les locaux ne sont pas nickels mais je m’attendais à pire ! Je téléphone à Marie pour lui dire où je suis.
Je retrouve Roger qui « nous » a accompagné ce matin avant Aumont Aubrac. Il y a aussi Honoré, un jeune de 20 ans qui a passé ses examens de fin de première année de médecine, et qui ne se fait pas trop d’illusions, alors il a décidé de partir deux mois jusqu’à Saint Jacques de Compostelle. Arrive Martine, originaire du sud mais qui vit en région parisienne. Elle fait de la voiture, du stop et de la rando. Martine propose à tout le monde de nous emmener à la messe à Aumont Aubrac ! Mon sang ne fait qu’un tour !! C’est avec beaucoup de plaisir et d’espérance que je dis oui ! Je raconte brièvement mes dernières 24 heures à Martine et ma joie de revoir Lili, sans doute !
En arrivant sur la place de l’église, je cherche le presbytère, puisqu’il n’y avait plus de place dans le gîte. Et bien sur je retrouve Lili en conversation avec un randonneur que je retrouverai plus tard à Saint chèly d’Aubrac. Elle partage tout de suite la joie de me revoir ! Elle a toujours autant mal à sa jambe. Nous allons dans l’église pour l’office du soir. C’est pour moi un moment de partage de foi ! Chanter ensemble ! Le moment fort pour moi est le moment de l’échange de la paix : Lili me regarde et me dit : La paix du Seigneur, Jin luc ! J’avais demandé à Agnès de nous faire un échange similaire lorsque le prêtre ne nous invitait pas à cet échange de paix ; Mais elle n’avait pas trouvé l’idée bonne ! Je suis ému de cet échange de prière. Mais je dois repartir, plein de confiance mais triste de nous séparer à nouveau. A ce jour je ne l’ai pas revue, encore !
Nous nous retrouvons aux quatre chemins chez Régine pour le dîner. Avec Rita et Jean pierre, Honoré, Martine et Roger qui anime le repas en nous contant ses différents pèlerinages. Le repas est très bon, rural, mais bon. Marie avait tort. Régine n’avait pas trop bu. Et nous allons quand même nous coucher parce que demain, faut continuer. Mais ce soir j’ai conscience de m’être transformé ! Je ne suis plus un randonneur mais un pèlerin sur le chemin de Saint Jacques. Avec des rencontres à toutes les étapes, des échanges toujours passionnants. Il est vrai qu’il est beaucoup plus facile de se confier à quelqu’un qu’on ne reverra pas qu’à son voisin qu’on voit tous les jours et qui peux répéter à tout le voisinage. Le « chemin » incite vraiment les gens à partager leur état d’âme.
L’esprit libre, pour la première fois depuis longtemps, je m’endors et je passe une bonne nuit. Je ne rêve pas souvent dans les gens que j’aime, mais si je pouvais décider mes rêves, je pense que cette nuit les dialogues auraient eu un accent « savoureux » !
Vendredi 6 juin Les quatre chemins -- Nasbinals
Et on se lève de bon matin, bien frais ! Dehors il y a un petit brouillard qui n’incite pas à partir. Régine nous attend dans son bar et elle nous a préparé un petit déjeuner consistant. Roger nous a raconté l’histoire de Régine. Elle tenait un bistrot à Paris, dans un quartier chaud…. Lorsque sa mère qui tenait le café des quatre chemins est tombée malade, Régine est partie de Paris pour venir s’installer en Lozère aux quatre chemins. Parce que elle est pas si vieille que ça Régine. Et puis faut pas l’emmerder ! C’est elle la patronne. Et elle se fait respecter. Je me permets de lui faire la bise et je pars derrière Roger et Honoré qui vont vite disparaître de ma vue. Encore des pèlerins rencontrés avec qui, j’ai fait un petit bout du chemin !
Le parcours qui mène à Nasbinals est inondé avec 60 cm d’eau parait il ! Je ne me risque pas et fait au moins 12 kilomètres sur le goudron, dans le brouillard. Je découvre même une voiture renversée dans un virage au fonds d’un fossé, mais il n’y a personne à l’intérieur. Je marche dans la Margeride, cette région de Lozère à mille mètres d’altitude avec de grands espaces clôturés par des murs de pierres. C’est vraiment typique. Je déjeune à Riutort d’Aubrac, un petit village qui semble inhabité, mais avec beaucoup de vieilles maisons qui doivent revivre quand arrivent les vacances scolaires.
De nouvelles orchidées dans un champ de vaches, entouré de barbelés ! Je me contente du zoom pour faire les photos, en espérant que ce sera net ! J’arrive à Nasbinals vers 13 heures. Dans la brume. Le gîte communal me semble bien triste, et pour la première fois je ne prends pas de douche…. Je me lave quand même !
Une petite sieste après le dîner et je pars en nu pieds jusqu’à la cascade de ????? à 3 km. Je regrette mes chaussures de marche, mais les chemins sont …moyens ! J’apprécie la ballade. On ne suppose pas qu’il peut y avoir une aussi grande cascade ici ! Au retour je découvre une espèce d’orchidées que je ne connaissais pas : photos et photos.
Visite du village, très pittoresque, je rentre dans l’église, comme dans tous les villages, et je mets un petit mot sur le livre d’or. A l’intention de Lili qui, je ne doute pas, passera par Nasbinals et entrera dans cette église. Une messe est dite à 18 heures et je décide d’y assister ! Il ya le prêtre qui fait tout ! Les chants et les lectures ! Deux dames « âgées » et un vieux monsieur et moi ! Pas la foule ! La messe dure 18 minutes ! Jamais vu ça ! Je prie pour les jambes de Lili, bien qu’elle m’ait dit que sa tendinite c’est un don du Seigneur pour faire des rencontres ! La providence !
De retour au gîte, je rencontre une famille de St Brévin les pins. Les parents et leur fille qui fait très jeune, et qui a pourtant plus de 20 ans ! Nous avons une discussion avec une dame, jolie, qui « peste » après les pèlerins qui squattent tous les gîtes, et il est difficile de trouver une location pour deux semaines dans les environs !
Je passe une petite nuit dans mon dortoir tout seul ! Pas très chaud.
Samedi 7 juin Nasbinals -- Saint Chèly d’Aubrac
Départ vers 8 heures dans la brume. Il fait froid, et je réussi à mettre la cape qui me protège du vent et du petit crachin. Le départ est très joli dans un chemin au milieu de la forêt. Avec la brume qui cache le paysage. Mais à la sortie de la forêt, le brouillard se lève et « j’attaque » la montée vers Aubrac, 1300 m. Le chemin s’efface pour devenir un sentier dans les champs. Des petits murets de pierres servent de clôture pour les troupeaux de vaches qui sont en estive. Je n’ai pas peur des vaches et je réussis sans crainte à traverser les troupeaux. Marie et Sylvette me raconteront qu’elles ont du fuir devant une vache belliqueuse, et sauter par-dessus le muret pour se retrouver….devant un taureau ! Qui était heureusement beaucoup plus calme que la vache ! Avec le froid et un petit crachin j’arrive au sommet, pour découvrir encore des orchidées sauvages et le petit village d’Aubrac. Je visite la grande chapelle et je laisse un petit mot dans le livre d’or, vous savez pour qui !
Deux kilomètres de goudron, après les douces prairies, ce n’est pas agréable. Mais vite le sentier revient et la descente se fait rapide au milieu des bois et au son du torrent qui fait de jolies cascades. Arrêt déjeuner à la moitié de la descente au bord du chemin dans un petit hameau. Je m’oblige à sortir ma gourde pour boire plus, parce que, je le sais, je ne bois pas assez. Ma gourde est attachée au dessus de mon sac à dos et ce n’est pas facile pour moi, avec la cape, de tout défaire pour boire un peu. Donc je sors ma gourde pour manger, et je la pose dans l’herbe et je repars sans la reprendre. 4 kilomètres plus loin j’arrive à St chèly d’Aubrac, super petit village bien retapé ou bien conservé ! Je trouve tout de suite le gîte et je m’aperçois de la disparition de la gourde ! Je sais bien qui est la gourde ! Ni une ni deux ! Sans le sac à dos c’est de la rigolade de remonter les quatre kilomètres, de trouver la gourde où je l’avais posée et de redescendre : 1h05 pour faire les 8 kilomètres ! La douche est bonne ! Petite visite dans le bourg, et je retrouve Marie et Sylvette qui me donnent des nouvelles de Lili. Je suis toute ouïe : Elle a réussi à aller jusque chez Régine et ne pouvait plus avancer. Des gens l’aurait emmenée jusqu’à Riutort d’Aubrac en voiture, pour aller dans les Yourtes. Je n’arrête pas de penser à elle et je prie pour elle. Je téléphone aux enfants, à Agnès, à Marie, à Pascale. Je rassure tout le monde
Je passe du temps avec Jean Michel, un pèlerin du Pas de Calais ????? Enfin du Nord de la France. Il me raconte qu’il a déjà fait le chemin jusqu’à St jacques avec son âne, Charly. Il est intarissable sur les anecdotes qui lui sont arrivée avec Charly : La SPA en France réclamée par des vieilles dames qui pensaient que l’âne était mal traité et avait soif…. Les gens qui ne voulaient pas héberger J Michel parce que l’âne allait tout salir…. La guardia en Espagne qui n’arrêtait pas de demander les papiers de vaccination de Charly….. Et surtout Charly qui refusait toujours de passer le moindre petit ruisseau, et comment il fallait le gruger, en le poussant et en criant, pour lui faire traverser le moindre fossé !
Les pèlerins sont intarissables. Tous ceux que j’ai rencontré qui avaient déjà «pèleriner » (comme dirait mon amie Antje que je vais rencontrer bientôt !) ont toujours plein d’anecdotes savoureuses à raconter ! Le repas tranquille mais il y a beaucoup de monde ce soir dans le gîte. J’espère passer une bonne nuit, mais est arrivé l’homme qui parlait avec Lili dans le presbytère de Aumont Aubrac. Je pense bien que c’était lui : même corpulence et même accent. Allemand ou belge. Une stature imposante. Des poumons développés. Tout le monde a compris : il ronfle ! Que dis-je ! Il grogne ! Comme l’officier dans la grande vadrouille avec Louis de Funès ! Pareil et toute la nuit. Il s’est couché avant nous et il se lève après nous ! Je n’ai jamais rien entendu de semblable. Et j’espère que moi non plus, je ne ronfle pas. J’ai essayé par la suite de demander aux personnes qui dormaient dans la même chambre ! Elles m’ont rassuré : on ne m’entend pas !
Dimanche 8 juin Saint chèly d’Aubrac -- Espalion
Super, ce matin il ne pleut pas. J’ai lavé mon pantalon hier soir, et je me sens bien pour partir. Hier je suis descendu d’Aubrac à St Chèly et je m’imagine faire la même chose aujourd’hui pour atteindre le Lot. Mais aux descentes succèdent des remontées, gratuites ! Dans un petit chemin humide je glisse sur une pierre et Splatch ! Une jambe de pantalon toute boueuse ! Le pantalon propre ne l’est pas resté bien longtemps ! Tant pis, le beau temps est là et le soleil me réchauffe le cœur. Je trouve beaucoup d’autres espèces d’orchidées, et je suis tellement content que je téléphone à Agnès pour lui dire ! Elle est aussi dans la nature avec J Yves à découvrir des orchidées en Anjou ! Je prends des photos pour pouvoir chercher à mon retour avec eux qu’elles étaient ces orchidées là ! Parce que j’en trouve beaucoup. J’arrive dans un petit village médiéval magnifique : Saint Côme d’ost ! Une vieille ville restaurée ou entretenue magnifique ! Un clocher tors comme en Anjou ! Je pic nique et je repars vers Espalion, aujourd’hui je regrette de ne pas être resté plus longtemps pour profiter des vieilles pierres de ce petit village typique. Je franchis le Lot pour faire les quelques kilomètres qui me séparent d’Espalion. Je suis le GR 65, alors que paraît-il, il ne fallait suite aux éboulements dans le chemin qui ont eu lieu il y a quelques jours ! Alors je monte et descends sur la colline et dans les bois, seul ! Je domine la ville d’Espalion, et je profite de cette jolie vue pour apprécier le Lot qui traverse la vallée.
Lorsque j’arrive au terme de mon étape, je suis surpris par un rassemblement. En Anjou, on dirait un concours de Pétanque, avec le micro, les spectateurs, la buvette… Mais là ils ont des Z’énormes boules et chacun un bâton ! C’est la quille à 8. Un jeu typique de l’Aveyron ! Un pèlerin m’explique succinctement les règles. Faut faire tomber le plus de quilles possible, d’abord avec le bâton qui a été tapé et propulsé avec la grosse boulle, puis avec la boulle qui est lancée. Et il y a des championnats régionaux par ici ! Ce n’est pas près d’arriver « chez nous ».
Je retrouve J Michel, Rita et J Pierre dans le même gîte que moi. Une visite dans la ville, je repère un restaurant pour y manger le fameux aligot. Je choisis un resto avec une télé : c’est la coupe d’Europe de foot ! Ca ne devait pas être terrible, je ne me souviens ni des équipes ni du score !
22 heures au lit pour une bonne nuit sans ronflement.
Lundi 9 juin Espalion -- Estaing
Désormais, ça fait partie de la routine de se lever à 6 heures ! Et puis c’est bon d’être sur le chemin de bonne heure. Les jours sont longs et la température est idéale le matin pour marcher. Aujourd’hui le programme n’est pas chargé, et j’ai 4 petites heures de marche de prévu.
Le petit déjeuner à l’étage. Tout un groupe occupe la cuisine. Je réussis à me trouver une petite place, près d’une dame sympathique, mais très bavarde, très ! Je reverrai le groupe plus tard….
Le départ d’Espalion est magnifique. Je longe le Lot dans la vile d’abord en pensant à la chance que j’ai ce matin de marcher dans la lumière du matin. Dans une semaine je serai tout près de reprendre le travail, alors que là je vole sur le chemin avec mon sac à dos. J’étends les bras et je plane ! Pas besoin d’être courageux pour devenir pèlerin ! Ils avaient bien raison Joël et Marie de me dire que j’avais de la chance de partir ! Ils savaient eux ! Tous ceux qui me disaient que j’étais courageux, ceux là ne pourront comprendre que le jour où eux même vivront ces moments forts.
Le touriste exige, alors que le pèlerin remercie. Cette phrase m’accompagne chaque jour. Remercier pour tout. Tout ce qui m’entoure, tous ceux qui m’entourent. Aller à l’essentiel. Regarder autour de moi avec des yeux nouveaux. Je sais que cet état de grâce ne durera pas, mais il me faudra souvent y repenser, pour me ressourcer, ne pas me plaindre inutilement.
Et j’avance. Je reconnais des orchidées bouc à leur odeur ! Sur le bord de la route. Je retrouve Marie et Sylvette qui prennent le thé devant une chapelle, et elles me proposent de partager. Avec plaisir. Et puis je retrouve Agnès que j’avais rencontrée aux Estrets chez Pascal. Son genou va mieux mais elle ne peut pas marcher rapidement. Chacun a son rythme. Nous « attaquons » une longue montée bordée d’une multitude d’orchidées ! Je lui fais découvrir et nous prenons beaucoup de photos. Magnifique ! Au bout d’une heure, elle me laisse partir devant, cherchant peut-être à retrouver un moment de solitude. C’est elle qui m’a fait remarquer les cailloux sur le chemin en forme de cœur ! Ils sont là et nous passons tout près sans les voir ! Tout un symbole.
Et tranquillement, avec le soleil, j’arrive à Estaing. Joli petit village qui fait partie des « plus beaux villages de France ». Un vieux village accueillant ! J’aperçois Marie et Sylvette, la dernière étape pour Marie. Pic nique au bord du Lot, où j’observe les petits oiseaux. C’est bon de prendre son temps pour observer ce que l’on ne voit pas quand on est pressé !
Et je retrouve le groupe du matin qui est arrivé avant moi. Je comprends rapidement que ma voisine du petit déjeuner ne fait pas l’unanimité dans le groupe : non seulement elle parle beaucoup, mais aussi elle parle fort et partout, même dans les lieux de prière ! Toutes les personnes qui l’accompagnent voudraient bien la laisser ! Moi, je marche seul, libre dans ma tête, de m’arrêter où je veux, avec qui j’ai envie.
Je trouve vite le lieu d’hébergement qui est tenu par des bénévoles : les hospitaliers de St Jacques. Un accueil chaud. Ce n’est pas un gîte ordinaire, mais une communauté qui assure la réception des pèlerins. Des petites pièces avec beaucoup de lits superposés…Pourvu qu’il n’y ait pas de ronfleurs !
Je décide d’envoyer les cartes postales que j’ai achetées ce matin à Espalion. 30 minutes pour faire 20 cartes ! Je ne m’étale pas sur le papier, je le ferai à la maison sur l’ordinateur quand je rentrerai !!! (9 mois plus tard !) Visite à la poste, obligatoire ! Quel curieux ! Je ne dis pas que je suis postier quand même !
Je vais retrouver Marie qui termine donc son chemin de St jacques. Nous allons passer deux heures à la terrasse du café à attendre son ami Jean Luc qui vient la chercher de Toulouse. Elle m’explique qu’elle va le quitter, qu’elle a trouvé un logement et qu’elle va déménager à la fin du mois de juin. Et il ne le sait pas. Je lui raconte mes propres problèmes qui ressemblent bien à sa vie, sauf que pour moi rien n’est caché ! Un échange vrai entre nous. J’ai beaucoup apprécié. Et Jean Luc arrive. Sympa le gars. Mais bon…..chacun sa vie, et je les vois partir ensemble…. Pour une nouvelle vie.
C’est à Estaing que je rencontre Alexandra et son amie Christine qui nous arrivent de Suisse. J’apprends aussi à connaître Antje (prononcé anntié) venue de Berlin avec qui je parle de ma foi. Je les retrouverai bientôt. Je rencontre aussi Rita et J Pierre., ainsi que Agnès.
Le repas chez les hospitaliers est ponctué par des « rites »qui me changent des gîtes ! Deux ou trois personnes rythment le repas, par des prières, on attend pour s’asseoir, et ça change nos habitudes de …randonneurs ! L’office du soir nous est proposé en toute liberté. C’est avec un peu de curiosité que je m’y rends, pour assister à un moment de recueillement, de prière, de chants, de psaumes. J’avoue avoir du mal à rentrer dans ce temps de méditation. Nous sommes invités pour le lendemain matin à 7 h pour les laudes. J’irai.
La nuit, avec beaucoup de monde dans une petite salle…. A part qu’on a échappé au « grogneur » de Saint chèly…. Puisqu’il a raté de peu la dernière place dans le gîte, et bien la nuit a été ponctuée par les ronflements de trois dormeurs qui se répondaient ! On ne s’y fait pas.
Mardi 10 juin Estaing - Golinhac
Donc je commence par me rendre au lieu de prières pour les laudes. Ce sont les mêmes personnes que la veille, trois personnes qui « supervisent » le bon déroulement et des hospitaliers qui me semblent au service du groupe…. Je sens un malaise. Qui m’est personnel. J’en parlerai plus tard avec des pèlerines, et elles ont ressenti la même chose que moi. Nous prenons le petit déjeuner avec le même cérémonial que pendant le dîner de la veille. Départ et petite photo devant la maison des hospitaliers.
C’est l’étape la plus courte de ma randonnée. Environ 12 km. Alexandra et Christine ne prennent pas le même chemin, mais je les retrouverai à Conques mercredi ou jeudi. Je pars dans la brume au bord du Lot et au bord de la route. Rapidement je retrouve les petits chemins chers à mes yeux et à mon cœur. Le paysage est joli et très vallonné, mais j’ai la forme et il ne me faut que trois heures pour arriver au gîte équestre de Golinhac. Il est tout juste midi.
Personne dans le gîte qui est ouvert. Une vieille ferme retapée, un plan d’eau avec de la pelouse et des plantations tout autour, et tout ça à un kilomètre du village dans la campagne. Je vais faire le gîte/ le village plusieurs fois ! D’abord parce que je n’avais pas trouvé le gîte en arrivant, ensuite pour visiter, et le soir pour le dîner prévu dans une auberge du village. Je prends ma douche et j’entends quelqu’un qui vient d’arriver. Je rencontre Jean qui vient d’Espalion en taxi. Il a pour la première fois de sa vie une sciatique, alors que c’est un marcheur expérimenté, qui a déjà été jusqu’à St Jacques, et qui marche régulièrement chez lui le dimanche pendant 5 ou 6 heures. Il est très déçu. Mais il va tenter le lendemain d’aller jusqu’à Conques en faisant porter ses bagages.
Il attend ses deux amis de randos qui vont arriver dans l’après midi .En discutant, j’apprends qu’il est de St Macaire en Mauges, un petit village que je connais puisque j’y ai travaillé pendant 4 mois il y a 30 ans ! De plus c’est un retraité de la poste ! Bien sur nous avons des connaissances communes ! Ca fait un peu ancien combattant, mais c’est toujours sympa de parler d’anciens collègues que l’on trouvait sympa ! Je lui raconte un peu mes mésaventures, et il me dit qu’Yvon, qui va arriver bientôt, a fait le pèlerinage en entier à un moment de sa vie ou son couple battait de l’aile ! C’est ce qui leur a permis de continuer et d’être ensemble aujourd’hui. Je ne me fais pas d’illusions en ce qui me concerne avec Agnès !
Sieste, lessive, texto. Visite de Golinhac, l’église et son livre d’or… une pensée pour Lili bien sûr, car je n’ai pas eu de nouvelles depuis plusieurs jours ! Retour au gîte où Yvon et Christian, un lyonnais qui cuisine bien, sont arrivés !
Le repas du soir sympa, avec Antje et Agnès. Nous parlons de l’accueil reçu la veille par les hospitaliers. Antje nous raconte qu’elle était prof de dessin d’art. Nous avons une discussion sur les masques que nous mettons, alors qu’il est tellement important d’être vrai dans la vie avec les personnes que nous aimons. Nous abordons le thème du confort chez soi, alors que sur le chemin nous nous contentons de l’essentiel : Une douche le soir, un dîner qui redonne des forces et un lit pour récupérer. Le reste, c’est aléatoire ! Les rencontres, c’est au rythme et à l’envie de chacun.
Coucher 22h30. Petite nuit hachée. Réveil à 5h30 par les trois pèlerins qui partent plus tôt que moi, mais qui allument les « grandes » lumières !
Mercredi 11 juin Golinhac- Conques
Je me lève quand même. Le petit déjeuner a lieu dans un centre de vacances, pas encore occupé par les touristes. Et j’oublie de faire tamponner ma « Créanciale ». Je n’en ai pas parlé, mais depuis le début et chaque soir, chaque pèlerin demande le cachet du lieu où il passe la nuit. Certains cachets sont très jolis, particuliers, historiques. Ca fait partie du pèlerinage. Certains m’ont dit qu’il était important de l’avoir avec soi en Espagne : c’est le signe de sérieux des pèlerins. Avoir une créanciale avec beaucoup de tampons favorise le respect des gens que l’on rencontre. En tous cas, si je vais en Espagne je ne l’oublierai pas ! Je discute avec une dame que je n’avais jamais vue, 65 ans de Grenoble !
Mais je suis triste ce matin : c’est ma dernière journée de marche. Je commence à partir et en me retournant je vois la vallée du Lot dans le brouillard avec le soleil qui éclaire sur les hauteurs. Magnifique et apaisant. Je décide de profiter de tout ce que je vais voir, faire et rencontrer aujourd’hui.
Et bien sur avec le nez en l’air je me trompe de chemin. Mais ce n’est pas un problème et je me retrouve vite sur le bon chemin. Je retrouve Eva, une jeune Bruxelloise qui a failli se tromper de chemin aussi, mais….je veillais !! Elle est donc étonnée de me voir arriver après elle ! Et oui, même les meilleurs peuvent se tromper ! (ça va les chevilles !) Le début de cette journée est très agréable sur des petits chemins, à l’ombre, jusque vers midi. Et puis les petits chemins laissent place aux routes goudronnées, beaucoup moins confortables. C’est peut être pour ça que je commence à avoir mal à un pied, ou alors parce que c’est le dernier jour. Ce n’est pas insupportable, mais gênant.
J’arrive à Conques vers 13 h 30 fatigué par le goudron et la chaleur. Douche rapide pour me relaxer. Et vers 14h30 il arrive un orage fort (on ne peut pas dire violent, mais fort pour les pèlerins qui n’étaient pas arrivés !) Et ça dure pendant deux heures. Après je sors de la maison des hospitaliers pour retrouver, d’abord Eva qui va filer son chemin, et puis Antje et Agnès, et les gars de St Macaire. Jean a marché sans ses bagages, mais il préfère choisir la sagesse, et il va rentrer chez lui pour se soigner. Yvon et Christian vont continuer et Jean les retrouvera dans une quinzaine de jours, dés qu’il sera remis ! Quand ça nous tient quand même !
Nous avons la visite d’un groupe de japonais qui viennent faire un reportage sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle Je ne souhaite pas être interrogé ou filmé. C’est Jean qui s’y colle, et il fait ça très bien, sans dire qu’il repart en train dés le soir ! Dans quelques années il y aura des japonais ! Lili m’avait dit qu’il y a eu un reportage au Québec et c’est pourquoi nous voyons aujourd’hui de plus en plus de canadiens.
Comme au Puy en Velay, je passe beaucoup de temps dans la magnifique abbatiale de Conques. Les offices sont assurés par 5 moines prémontrés. Le prieur est un jeune d’environ 35 ans. Et ils ont beaucoup plus d’humour que les hospitaliers de Estaing ! Quel dynamisme ! Je me décide à assister aux complies à 21 heures, et ça n’a rien à voir avec l’office d’Estaing. Les psaumes sont accompagnés par un moine qui joue très bien sur un petit orgue (on écoutera les grandes plus tard !) Nous déambulons dans l’abbatiale pendant 20 minutes pour méditer au son d’un piano a queue, sur des musiques profanes très douces et contemporaines, dans le style Yann Tiercen, Saint Preux…. Que de la paix !
Les complies terminées, le moine musicien nous explique toutes les sculptures qui, ornent le tympan de l’entrée de l’abbatiale. Je ne me souviens pas de tout bien sur, juste de l’histoire de Saint Foy qui vivait en l’an de grâce 300 à Agen. Je ne vais pas tout raconter là, juste dire que le moine avait beaucoup d’humour, et qu’il savait très bien captiver son auditoire, et ce pendant 45 minutes. Et pour finir, concert avec les grandes orgues cette fois, dans l’abbatiale. Je me permets de monter au balcon pour découvrir du haut le volume et la beauté du lieu ! Et bien, ça rend bien, tellement bien que notre mélomane de moine finit par « les portes du pénitencier », et c’est très joli, joué lentement en fin de soirée. J’admire les sculptures en la compagnie d’Antje. Un partage silencieux dans ce lieu de prière et de paix !
Coucher 22h15, parce que y’en a qui marchent demain. Pas moi puisque je passe la journée à Conques, pour visiter, me reposer et réserver un taxi pour retourner au Puy prendre le train.
Jeudi 12 juin Conques
Avec l’habitude des autres jours je me réveille de bonne heure, et je fais la grasse matinée jusqu’à 7heures ! Les pèlerins s’activent pour continuer le chemin. Je les envie. Mais, aujourd’hui c’est une journée repos dans un lieu propice au calme, à la réflexion. Ma cheville me fait mal encore, j’aurais eu du mal à continuer.
Je commence par le petit déjeuner avant d’aller aux « laudes ». C’est bon pour moi ces moments de paix, de recueillement, ou je retrouve Alexandra et Christine. L’ambiance, si l’on peut dire, est vraiment paisible. Ca n’a rien à voir avec les prières d’Estaing. Est-ce grâce au lieu, aux personnes près de moi que je connais un peu mieux, à mon état d’esprit ? Je ne sais pas. Je sais juste que je me sens bien. Je prie et je remercie pour tout ce temps de paix qui m’entoure.
Il me reste à réserver un taxi pour retourner au Puy, demain vendredi. J’ai des noms et numéros de téléphone. Mais……..voilà, c’est complet ! Les sociétés de taxi acceptent de faire un voyage, à condition de remplir le taxi ! Et je suis seul ! Je laisse mes coordonnées et je conviens de les rappeler dans la journée. Je ne suis pas trop inquiet. « Fais confiance dans la providence » me disait Lili avec son accent.
Alors je décide de visiter, et je commence par aller découvrir la chapelle de Saint de Foy. Une bonne demi-heure de marche en nu pieds ! Je traverse le pont sur le Lot, et je vois l’eau devenue couleur rouille, à cause de l’orage de la veille. Le chemin est escarpé et très humide, mais la chapelle est très jolie et la vue sur le village de Conques est unique avec la brume dans la vallée. Je m’amuse avec l’appareil photo et le zoom. La descente est difficile avec ma cheville qui me gêne, souffrir serai trop fort !
Je suis de retour paisiblement pour la prière du midi. Toujours cette attirance vers l’abbatiale et ces moments de sérénité. Je cherche un petit coin de verdure pour déjeuner et je trouve un terrain herbeux près d’une vigne ! Je ne pensais pas trouver de la vigne ici !
L’après midi est relax, je flâne, visite, et je cherche toujours à savoir si Lili ne va pas arriver ! Mais j’ai beau l’attendre, je ne la reverrai pas avant mon départ. J’ai espéré pourtant, en calculant ce que j’ai fait, des petites étapes, et ce qu’elle pouvait faire, mais ses tendinites ont eu le dessus ! Je reprendrai contact avec elle, si elle le souhaite, par mail ! Mais Ca y’est ! Je les vois les hirondelles ! J’arrive aujourd’hui à regarder vers le ciel !
La providence a marché ! Les taxis me rappellent pour me dire qu’un groupe est formé pour le lendemain matin ! Youppie ! La providence quoi ! Faut y croire ! Et je recommence les vêpres avec mes « copines », les complies, le piano, le tympan et le concert d’orgue. Le repas du soir a été très sympa avec Antje, j’ai beaucoup parlé de cette bulle où j’ai l’impression de vivre en ce moment, et la peur de tout oublier dans quelques jours. Elle me rassure en me demandant de toujours penser à ce qui essentiel dans ma vie. Je lui dis qu’ici, maintenant, je me sens au paradis et que j’ai bien peur de retrouver l’enfer !
A la fin du concert d’orgue, un hospitalier me demande si j’accepterais de passer une semaine pour les aider. Il a remarqué ma présence régulière aux offices. Je lui dis que ce serait avec joie, mais je reprends mon travail lundi prochain, et je pars demain matin. J’ai été touché par sa demande. C’est ma dernière soirée avec les pèlerins et je suis heureux de ce que j’ai vécu, des rencontres et des discussions, mais triste de savoir que ça se termine.
Vendredi 13 juin Conques -- Le Puy en Velay
Réveil à 6h30 ! Mais c’est facile, ça fait plus de dix jours que je le fais ! La routine habituelle et les adieux aux copines ! Le taxi arrive vers 9 heures. C’est un « petit vieux » qui conduit ! Je me dis : on n’est pas rendu ! Et bien, le chauffeur quoique âgé connaît bien la région et roule vite, très vite, et je suis assis à l’arrière (il y a trois rangées de sièges !). Bref je lui demanderai trois fois de s’arrêter pour pouvoir prendre l’air au long des 220 kilomètres du retour ! Faut dire que les routes ne sont pas droites ! Et à 12h45 je descends enfin de ce maudit taxi qui m’a bien barbouillé l’estomac ! Rien ne vaut la marche à pied !
Je retourne bien sur à la cathédrale et je vois cette fameuse descente qui part de la cathédrale, avec toutes les marches dont m’a parlé Lili ! Je vais visiter la vierge sur le promontoire. Visite de la ville tranquille. Le gite est simple et chaleureux, le repas se fait avec des randonneurs ou pèlerins. Un couple d’allemands, un ardéchois et un québécois ! Ca me rappelle quelqu’une !
Je suis au lit à 20h45 ! C’est Joël qui me réveille presque à 21 h au téléphone!
Dans le train qui me ramène en Anjou je rencontre dés le Puy un couple qui parle randonnée : ils viennent de faire le chemin de Stevenson, qui part aussi du Puy en Velay.
J’arrive à Angers vers 16 h30 et je suis ému de retrouver mes trois garçons et leurs amies qui sont venus me chercher à la gare ! Ils sont un peu surpris de me voir, je ne me suis pas rasé depuis quinze jours !
Et depuis ……………
J’ai commencé une nouvelle vie, seul chez moi. J’ai été très heureux de recevoir un mail de …………..Lili qui était à Toulouse. J’échange souvent des nouvelles avec Antje, avec Alexandra, pendant un moment avec Marie. Elise a Internet, et nous nous sommes envoyé quelques photos. Je vais reprendre contact avec elle.
Je communique très souvent avec Lili, par mail, et parfois au téléphone quand le décalage horaire ne me gêne pas trop. Elle me raconte son passage chez Régine ou elle demande ….. Un verre d’eau ! Ca ne pouvait pas plaire à Régine qui lui dit ne pas avoir de lit disponible. Les larmes de Lili ont réussi à émouvoir le cœur de Régine, qui apprenant l’histoire de Lili, déjà entendue par d’autres pèlerins…… lui annonce que oui, elle a un lit pour elle ! Je ne connais pas la saveur et le contenu de leurs échanges, mais deux personnes vraies ne peuvent que communiquer intensément ! La personnalité de Régine reste gravée chez beaucoup de pèlerins !
Je suis parti pour randonner. J’ai pèleriné comme l’a dit Antje (Annette en France !) Ces 15 jours passés avec mon sac à dos, je ne les ai pas vécus vraiment seul. Toutes les rencontres ont été enrichissantes. Humainement, je suis revenu changé, métamorphosé ! Et c’est difficile de faire comprendre aux personnes qui n’ont pas vécu cette expérience, l’intensité de ce changement.
Je me suis retrouvé par hasard, la providence Jin luc, sur le chemin de Saint Jacques, et j’ai envie de le continuer, d’abord par étapes tous les ans, et plus tard, quand je serai en grandes vacances en entier d’une seule traite ! Si Dieu me garde en bonne santé.
U L T R E I A
Aller plus loin, aller plus haut,
C’est le chant des pèlerins sur le chemin de saint Jacques.

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